Con qué suenas Diego ? – LA DEPECHE

25 février 2013

Con qué suenas Diego ?
A quoi pouvait bien rêver Diego en foulant le sol français ? Tout simplement à la liberté, l’égalité et la fraternité, qui régnaient, lui avait-on toujours dit, dans cette patrie des droits de l’homme qu’est la France. Au lieu de tout cela, dès qu’il a franchi la frontière avec 500 000 autres espagnols, il est reçu par des barbelés et les baïonnettes des gendarmes mobiles, des spahis et des tirailleurs sénégalais. 

Sans le moindre ménagement, combattants, civils, femmes, enfants, vieillards, malades et blessés sont entassés sur les plages du Roussillon en plein mois de février 1939. Rien n’a été prévu pour les accueillir. Pas de latrines, pas de point d’eau potable, pas d’infirmerie, pas le moindre abri. Il faut boire l’eau de mer, s’enterrer dans le sable, faire les besoins sur le rivage maritime, devenu « primera linea de mierda » et subir la morsure du vent, le mitraillage du sable, le froid, la pluie, le pillage par les gendarmes qui saisissent montres, alliances et autres objets de valeur, les vexations, les brutalités, les viols des femmes par les gardiens..

Sans soins ni médicaments, dysenterie, typhus, paludisme, pneumonies, gale, maladies mentales tuent plusieurs milliers d’entre-eux dès les premières semaines. Ces combattants héroïques qui avaient résisté aux troupes Jascistes de toute l’Europe doivent désormais affronter des régiments de poux, de puces et autres vermines. Cela permet aux militaires français de les traiter d’armée de pouilleux. Après les avoir réduits à l’état d’animaux traqués, la France en fera des esclaves avec la création des compagnies de travailleurs étrangers. Rendus taillables et corvéables à merci, ils trimeront sans rémunération sous la menace des fusils de leurs gardiens. Sur ordre du Préfet de l’Aliène, il leur sera même interdit de chanter s’il s’agit de chants considérés comme révolutionnaires.
Il est difficile de décrire de manière synthétique la vie dans ces camps de la honte. C’est pourtant à ce difficile exercice que se sont attelés Le Théâtre Extensible et Prodigima Collectif qui se sont produits au Pari du 29 janvier au 3 février. La réussite de l’entreprise a été totale aussi bien du point de vue du fond que de celui de la forme. Ces jeunes comédiens ont su avec talent faire vivre le magnifique texte de Christel Larrouy.
Une pièce de théâtre terriblement émouvante, habitée d’une telle vérité qu’elle arrache les larmes à tous ceux qui ont vécu de près ou de loin ces tragiques moments de l’histoire du peuple espagnol.
Un spectacle qui sait faire resurgir aussi bien le caractère hautement dramatique de cet épisode historique, que l’humour à la fois noir et féroce de ces Espagnols habités par ce grain de folie qui permet de survivre et de rire de sa propre détresse.
A aucun moment la pièce ne sombre dans les clichés et pontifes, qui sont parfois les lieux communs des spectacles traitant de la guerre d’Espagne. Un texte tendu et poétique servi par la magnifique mise en scène d’Antonio Scarano et Nicolas Baby qui ont entouré le décor, recréant l’intérieur d’une cabane de camp, de plusieurs écrans projetant images et scènes audiovisuelles tout en donnant une place équitable à chacun des moyens artistiques dans la narration comme dans la dramaturgie.
Au nom des Républicains Espagnols et de leurs descendants, nous ne pouvons que les remercier d’avoir tiré de l’oubli cet épisode de l’histoire. Nous conseillons vivement à M. Harlem Désir d’aller assister à ce spectacle, ça lui évitera de dire sur les ondes des énormités du genre : « les Espagnols Républicains sont fiers de l’aide et de l’accueil de la France». Ces hommes et ces femmes se battirent ensuite sans la moindre rancune pour la libération de la France qui les trahit à nouveau en permettant là sauvegarde de Franco et qui ouvrit de nouveaux camps de concentration, bien après la guerre, pour y enfermer à nouveau certains d’entre-eux, mais ceci est encore une autre histoire qui fera peut-être l’objet d’une nouvelle création du Théâtre Extensible. En tout cas merci au Pari de nous proposer des spectacles de cette qualité.

Antoine Tories

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