La Mort de Tintagiles

Genre : spectacle contemporain et pluridisciplinaire

Année de production : 2017

Durée : 70 minutes

Texte : Maurice Maeterlinck

Metteur en scène : Yohan Bret

Sélectionné dans le festival Supernova

Ce spectacle reçoit le soutien de Réseau en scène Languedoc-Roussillon dans le cadre de son accompagnement au Collectif En Jeux.

Ygraine seule pénètre où les vivants ne pénètrent pas, passe la ligne interdite, au-delà de la dernière marche et communique avec Tintagiles prêt à être absorbé – étouffé – par la force destructrice, le néant noir, mais prêt aussi à passer – si petit – par la fente élargie, prêt donc à renaître après ce passage au domaine des ombres.

Est-ce lui l’initié, est-il l’initiateur ? En tout cas, la fragile membrane de l’inatteignable a été touchée.

Les intentions du spectacle

“J’essaye d’atteindre petit à petit un équilibre et chacune de mes réalisations se/me rapprochent de ce que je suis. Je crée et me crée”
Voici un retour fait dernièrement sur mon travail. Dans ma vie, j’ai eu deux choix importants à faire. Le premier vers 8 ans m’a coûté le reste de ma jeunesse. Le deuxième à 18 ans m’a tout autant coûté mais fait que je peux aujourd’hui rédiger ces mots.
Ceci est la tentative d’un croquis sur ma trajectoire. Il est évident que je ne peux plus m’arrêter. Trop de temps perdu. Et à perdre encore… Ce simple constat fait le rythme qui est le mien. Aujourd’hui je veux récupérer ce temps, racheter cette jeunesse sacrifiée.
L’état d’urgence peut provoquer des actes extraordinaires. Extraordinaires de violence, extraordinaires de bêtise, extraordinairement salvateurs. Comment le surmonter ?
Ce que je décris ici est ma course. Celle que depuis ma première mise en scène je transpose par l’art que je pratique.
Mes origines sont présentes dans ce que je pense, dis. J’agis maintenant. Je suis l’instant. Je propose le postulat que nous devenions. Nous devenons grâce à nos propres forces. Nous devenons grâce à nos croyances. Nous devenons grâce à nos rêves. Nous devenons en parsemant tout cela dans cette Humanité que nous constituons aussi, en nous parsemant. Cette tâche, nous devons la poursuivre sans relâche mais avec le cœur à l’ouvrage : avec courage.
À la lecture du texte La Mort de Tintagiles, j’ai entendu résonner cette audace. C’est pourquoi j’ai envie de vous le proposer.
Quand l’enfant meurt-il ?
Notre première création, ADN Acide DésoxyriboNucléique, de Dennis Kelly, parlait de nos deuils d’adulte, de nos renoncements, calcification de nos émerveillements. Nous sortons tout juste du compagnonnage du CDN de Haute-Normandie. Nous avons travaillé avec des jeunes en milieu scolaire et pénitentiaire et nous avons exploré par les moyens du plateau ce que nous sentons confusément, et qui nous touchait au plus près.
La Mort de Tintagiles est comme une unique respiration. De celles que nous prenons face à un mouvement brusque, en prévision ou en réaction. Trente minutes de lecture sur un crescendo continu, quasiment autant de silence derrière.


C’est ce que m’a provoqué la première lecture
Sur le pont :
– Deux comédiennes accomplies dans l’âge, Ygraine et Bellangère. Deux soeurs desquelles la vie s’échappe, à mi-chemin entre Tintagiles et cette vieille reine invisible.
– Un chevalier d’un autre temps, mi-homme mi-femme, Aglovale, trainant dans un coin sa carcasse et sa vieille épée et ne pouvant plus rien protéger que le silence.
– Un jeune prince, joué par deux jeunes comédiens, dont l’un également circacien. Tintagiles flambant de désir, autant consumé qu’animé de ce désir brulant.
– Tou•te•s, officiants convoquant l’extraordinaire, appelant les figures de leur personnage. Ils seront l’aller retour entre le plateau et la salle, entre leur état antique et mythologique et leur état d’être contemporain.
– En deux parties : une première, le texte, puis une seconde, l’écho du texte, corporelle et musicale.
– Sur deux espaces, séparés puis amenés à se rejoindre, le plateau et la salle, tous deux espaces de jeu différents pour des configurations d’écoute différentes.


Le spectacle se déroulera tel un rituel et commencera par la parole.
La convocation à venir au théâtre, convocation à un rite, convocation à se réunir pour parler et faire appeler la mort de ce jeune prince.
Nous partirons avec les spectateurs depuis le hall du théâtre. Certains, en amont, auront été « kidnappés » et amenés en toute discrétion sur le plateau. Nous les retrouverons plus tard.
Dans le hall, pendant ce temps, acteurs, spectateurs et metteur en scène auront lancé la cérémonie.
Concernant l’aspect des acteurs et donc leurs costumes, ils seront résolument non codifiés pour pouvoir être autant actuels qu’intemporels de même qu’autant masculins que féminins. Toutes les frontières physiques seront abolies pour que la connexion entre spectateur/acteur/personnage soit la plus intime possible.
Nous accompagnerons ensuite les spectateurs dans la salle, jusqu’au plateau, lieu du sacrifice, du rite. Un changement important devra avoir lieu et sera accompagné d’une discrète mais sensible nappe sonore.
Face au plateau invisible, béant ou encombré, noir ou masqué, débutera l’histoire officielle de Maeterlinck, acteurs en salle tels des récitants, soufflant à notre oreille.
Petit à petit les personnages prendront vie, soit par réflexion, soit par vidéo-projection avant d’apparaitre définitivement. Les personnages sont chacun le représentant d’un pan d’Humanité et en même temps ils doivent être très proche de nous pour pouvoir nous toucher. Ils représentent et défendent chacun un monstre de notre Histoire collective et individuelle ramené à une figure humaine.
Des morceaux de verre, de miroir et de surface de projection révéleront ce qui semblait être déjà là, et «couler » entre nous tel un flux, sans que nous ne l’ayons aperçu. Ces supports seront autant manipulés par les acteurs, spectateurs, metteur en scène. La lumière, la vidéo, le fond sonore et la disposition des acteurs devront participer à ces apparitions jamais pleines ou complètes. Nous serons à l’endroit où l’officiant, tel le chaman, se retrouve visité par l’esprit qu’il a convoqué.
Vers la fin du texte, l’espace du plateau se dégagera laissant apparaitre la vision d’un champ de corps couchés. Ces corps auront pu être vus en projection au préalable sans savoir que c’étaient eux et qu’ils étaient réellement là. Ce seront les spectateurs « kidnappés » dans le hall et qui auront jusque-là bénéficié du texte d’une autre manière. Parmi eux, l’autre Tintagiles, se levant et se relevant comme d’entre les morts, ira recueillir son propre corps, joué par le premier acteur en salle. Il le manipulera comme sa propre marionnette, le déposera au sol, l’accompagnera vers sa fin et la fin de son texte, jouant là aussi sur le double et la marionnette, avant de prendre envol, tel une âme, vers la deuxième parte.
Une brèche en image apparaitra à la fin du texte lorsque Tintagiles mort se débattra contre celle-ci suspendu au fil de sa vie symbolisé par un tissu aérien. La musique se fera alors voix, et les corps, les notes se feront l’écho du combat et du chemin de Tintagiles au-delà de ce seuil sans mot. La nappe sonore sous-jacente jusqu’ici deviendra majeure et se déploiera en pleine musicalité. L’autre Tintagiles, celui volant, sera l’acteur/ circacien qui sur un tissu aérien jouera le combat de Tintagiles contre la mort et vers un ailleurs inexistant, utopique. Pendant ce temps, tous les autres acteurs et spectateurs présents au plateau se retrouveront figés dans un tableau rappelant certains des clichés de Gregory Crewdson et de David LaChapelle. Très lentement et pendant toute la deuxième parte cette image sera amenée à se transformer, à se décliner tel un interminable fondu enchainé. Tintagiles seul restera « vivant » ou du moins en activité avec la mort tandis que tous sembleront l’abandonner et comme morts. C’est à ce moment-là que la frontière entre la vie et la mort sera remise en question.
Ce sera là la fin de la cérémonie avec en troisième et dernière étape, la (re)naissance symbolique ou réintégration des acteurs aux spectateurs vers une sorte commune de la salle qui sert à désacraliser et à revenir aux vivants, par un procédé à trouver.

Cette intuition retranscrite ici en note d’intention n’a pas pour but de dessiner une méthode. Plutôt de réunir les conditions de recherche suffisantes pour accueillir les échos que le drame fera naître – échos sonores, plastiques, poétiques. Cette opération ne se privera d’aucune des ressources de l’écriture de plateau, à partir du texte de Maeterlinck.
La Mort de Tintagiles ne sera ni réécrite, ni adaptée, mais amplifiée, au sens acoustique du terme : d’autres voix seront convoquées en répétition – Siméon, Koltès, Goethe, Camus, Char, Noël, Rilke – qui, toutes, font vibrer cette « urgence de la jeune parole ». Le drame de Maeterlinck sera la matrice vivante et sensible de notre exploration, un détonateur d’images et de révolte dont nous avons besoin aujourd’hui. Mettre l’ancien à l’épreuve du feu. Mettre ces autres matériaux poétiques à l’épreuve des répétitions pour voir ce qu’il en reste.
Nous avons fait le choix de ne pas mélanger ce texte à d’autres dramaturgies pour ne pas voir apparaitre d’autres personnages, d’autres univers, une deuxième histoire… Les auteurs cités ici que l’équipe traversera seront des fragments proposés et rencontrés dans un processus de création. Les acteurs pourront partir avec ceux qu’ils auront choisi :

Soit pour alimenter le verbe de leur personnage lors du préambule au spectacle dans le hall des théâtres.
Soit pour alimenter la création de formes courtes, sorte de solo ou duo, qui vont être montées en parallèle.

 

Yohan BRET

Du Mardi 26 septembre au Dimanche 1er octobre 2017
Sortie de création de La mort de Tintagiles
Le Pari – Tarbes (65)

Du Mardi 7 au Jeudi 9 novembre 2017
La mort de Tintagiles
Théâtre Sorano – Toulouse (31)

Vendredi 9 février 2018
La mort de Tintagiles
MJC Rodez

Texte : Maurice Maeterlinck

Mise en scène : Yohan Bret

Avec : Martine Amisse, Georges Besombes, Catherine Beilin-Gatti, Victor Ginicis, Julian Peres

Dramaturgie : Julien Botella

Création lumière : Cyril Monteil

Support audiovisuel : Romain Gaboriaud

Création et accompagnement musical : Benoit Bories

Scénographie : Claire Saint-Blancat

Construction, régie plateau et régie générale : Claire Daulion

Création des costumes : Sylvain Wavrant

Création des coiffures : Richart Marti-Bravo

Création maquillage : Olivier Chauzy

Production et diffusion : Marie Attard

Création du mardi 26 au samedi 30 septembre 2017 au Pari à Tarbes.

Production : Cie L’An 01

Co-producton : Théâtre Sorano, Toulouse ; Collectif En jeux : Communauté de communes Lodévois et Larzac (34), Communauté de communes des Cévennes gangeoises et sumémoises (34), Association Bouillon cube (34), Le Chai du Terral, Saint-Jean-de-Védas (34), Alès Agglomération (30), Scènes croisées de Lozère, scène conventionnée pour les écritures d’aujourd’hui (48), Le Périscope, Nîmes (30), Théâtre en Garrigue, Port-la-Nouvelle (11), La Bulle bleue, Montpellier (34), Théâtre + Cinéma, scène nationale de Narbonne (11), Le Théâtre Sorano (31), Le Théâtre du Grand Rond (31), la Grainerie (31), Théâtre de l’Usine de Saint-Céré, scène conventionnée pour le théâtre et le théâtre musical (46), Le Pari – Tarbes en Scènes (64) ; MJC Rodez, Prodigima Films, Toulouse.

Ce spectacle reçoit le soutien de Réseau en scène Languedoc-Roussillon dans le cadre de son accompagnement au Collectif En Jeux La compagnie L’An 01 est soutenue par la Direction régionale des affaires culturelles Occitanie, par la Région Occitanie et par le Département de l’Aveyron.

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